Parler de rhizarthrose, c’est toucher du doigt un mal silencieux qui ronge la liberté du geste. L’arthrose du pouce, pathologie tenace, s’invite souvent entre 50 et 60 ans, avec une prédilection marquée pour les femmes. Entraînant raideur, douleurs lancinantes et gestes contrariés, elle s’impose sans prévenir. Voici comment mieux comprendre, gérer et apaiser cette affection qui bouleverse le quotidien.
Qu’est-ce que l’arthrose du pouce ?
La rhizarthrose, ou arthrose du pouce, concerne l’articulation trapézo-métacarpienne. C’est elle qui autorise le pouce à explorer toutes ses directions : flexion, extension, antipulsion (quand il se place au-dessus de la paume), rétropulsion (lorsque la main est à plat), et surtout l’opposition, ce fameux mouvement qui permet au pouce de rencontrer les autres doigts. Dans une main en bonne santé, le cartilage protège les extrémités osseuses de cette articulation, offrant une mobilité fluide et sans heurt. Mais, année après année, ce revêtement s’use, se fissure, s’efface. Les os, mis à nu, deviennent rugueux, les gestes se font douloureux et parfois impossibles. C’est ainsi que la rhizarthrose s’installe.
Quels sont les symptômes de l’arthrose du pouce ?
La progression de la rhizarthrose s’étale fréquemment sur 7 à 10 ans. Elle débute par une douleur mécanique à la base du pouce, accompagnée d’une perte progressive de force. Petit à petit, l’ouverture du pouce se réduit, rendant la saisie d’objets plus complexe. L’articulation se dégrade, une bosse peut apparaître à la base du pouce, témoignant de la dislocation progressive. Avec le temps, la déformation s’accentue : le pouce peut finir en « Z » ou adopter une position adductus, caractéristique des stades avancés.
Quelles sont les causes de la rhizarthrose ?
Entre 8 et 22 % des femmes, de 2 à 5 % des hommes de plus de 50 ans sont concernés. Plusieurs facteurs fragilisent l’articulation du pouce, dont voici les principaux :
- Une prédisposition familiale, favorisant l’apparition de la maladie.
- Les bouleversements hormonaux, en particulier la ménopause, accélèrent le processus.
- Les gestes répétitifs ou minutieux du quotidien : couture, jardinage, usage intensif du clavier… autant d’activités qui sollicitent la base du pouce.
- Un traumatisme mal soigné, comme une entorse ou une fracture, peut également déclencher une arthrose ultérieure.
Quels sont les différents stades de l’arthrose du pouce ?
La gravité de la rhizarthrose se mesure en quatre niveaux, déterminés par l’analyse radiographique :
- Au stade 1, l’articulation garde une apparence normale ou s’élargit légèrement.
- Le stade 2 montre un pincement discret de l’articulation, avec la formation d’ostéophytes de moins de 2 mm.
- Le stade 3 se caractérise par une destruction avancée : sclérose osseuse, ostéophytes et fragments articulaires dépassant 2 mm.
- Le stade 4 signe l’atteinte des deux surfaces articulaires, tant trapézo-métacarpiennes que scaphoïdes-trapéziales, où prolifèrent les ostéophytes.
Comment soulager la douleur associée à l’arthrose du pouce ?
Quand la douleur à la base du pouce persiste et gêne la prise d’objets, il est temps d’agir. Qu’elle soit permanente ou survenant lors des gestes quotidiens, cette gêne ne doit pas être ignorée. Dévisser un couvercle, boutonner une chemise, manier une souris d’ordinateur : ces actions banales deviennent vite laborieuses si rien n’est mis en place. La douleur peut même envahir la nuit.
L’orthèse de nuit
Dès les premiers signes, un dispositif thermoformé porté la nuit contribue à préserver le cartilage et freiner l’apparition de la bosse à la base du pouce. La positionnement du pouce joue un rôle central. Une attelle sur mesure permet d’aligner l’articulation, allégeant ainsi la pression sur les cartilages.
Selon la situation, l’orthèse peut être courte ou longue, s’étendant parfois au-delà du poignet pour limiter les mouvements latéraux. Réalisée à partir d’un matériau thermoformable à basse température, elle prend forme au contact de l’eau chaude et épouse la main du patient. Une fois refroidie, elle devient rigide ou semi-rigide. L’orthésiste ajuste ensuite l’attelle en fonction des plis de la paume, pour un maintien optimal. La fixation s’effectue grâce à un velcro, ce qui la rend facilement amovible.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : après quatre semaines de port régulier, 76 % des personnes touchées aux stades 1 et 2 constatent une nette diminution de leurs symptômes. Pour les stades 3 et 4, 54 % des patients ressentent une amélioration tangible.
L’orthèse de jour
Lorsque la douleur persiste en journée, ou que certaines postures au travail deviennent problématiques, une orthèse fonctionnelle offre un soulagement bienvenu. Cette solution permet d’immobiliser la base du pouce tout en laissant libres les autres articulations. Si la douleur s’étend au poignet, une orthèse plus longue, enveloppant une partie de l’avant-bras, peut s’avérer utile.
Chaque modèle est entièrement personnalisé, pour garantir à la fois confort et mobilité. Matériaux, rigidité, couleurs : l’orthésiste adapte le dispositif aux besoins de chacun.
Les orthèses textiles présentent un intérêt particulier pour leur effet proprioceptif : elles incitent à une meilleure conscience de la position du pouce, ce qui encourage à préserver des gestes adaptés. Leur souplesse permet de maintenir une certaine liberté de mouvement, tout en restant discrètes.
L’opération
Lorsque les traitements médicaux et le port des orthèses ne suffisent plus à enrayer la douleur ou la gêne fonctionnelle, l’intervention chirurgicale s’impose. Plusieurs critères orientent alors la décision :
- L’évolution de la maladie : stade atteint, forme et taille du trapèze, qualité osseuse.
- Le profil du patient : âge, profession, niveau d’activité physique et manuelle.
- La présence d’autres pathologies.
- L’apparition d’une hyperextension ou d’une subluxation trapézo-métacarpienne.
La rhizarthrose, par sa nature tenace, nécessite une prise en charge adaptée à son évolution. Un traitement médical, parfois complété par une intervention chirurgicale, permet de préserver la mobilité. Les orthèses sur mesure offrent un véritable confort et contribuent à freiner la progression du mal.
Prévention de l’arthrose : le principe de l’épargne articulaire
Prendre soin de ses articulations au quotidien est loin d’être superflu. Voici quelques réflexes simples à adopter pour préserver la base du pouce :
- Ne forcez pas sur une seule main pour porter un objet lourd : répartissez la charge sur les deux mains.
- Évitez de saisir uniquement du bout des doigts : maximisez le contact avec l’objet, pour limiter la contrainte sur le pouce.
- Respectez le port de l’orthèse : elle aide à diminuer la douleur, à conserver la souplesse articulaire et à prévenir les déformations ou les raideurs.
Écouter son pouce, anticiper la douleur, ajuster ses gestes : voilà le vrai défi. Préserver sa liberté de mouvement, c’est s’offrir chaque jour une poignée de possibles.






