Le test de Tinetti est utilisé quotidiennement en gériatrie pour évaluer l’équilibre et la marche des personnes âgées. Sa cotation sur 28 points paraît simple, mais la fiabilité du résultat dépend entièrement de la rigueur de l’examinateur. Un score faussé par une erreur de passation peut conduire à sous-estimer un risque de chute ou, à l’inverse, à déclencher des mesures disproportionnées. Les erreurs les plus courantes ne sont pas anecdotiques : elles modifient directement l’interprétation clinique.
Conditions de passation du test de Tinetti : ce qui fausse le score avant même de commencer
La première source d’erreur se situe en amont de l’évaluation elle-même. Le choix du matériel et de l’environnement influence la cotation de plusieurs items, sans que l’examinateur en ait toujours conscience.
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La chaise utilisée modifie les items d’équilibre statique
Le test de Tinetti commence par l’observation de la personne assise, puis lors du passage assis-debout. Une chaise avec accoudoirs facilite le lever et fausse la cotation de cet item. À l’inverse, une assise trop basse majore artificiellement la difficulté.
La chaise doit être à hauteur standard, sans accoudoirs, et stable. Si l’évaluateur utilise le fauteuil présent dans la chambre du patient (fauteuil gériatrique, fauteuil roulant), le score obtenu n’est pas comparable à celui d’un autre examinateur qui aurait utilisé une chaise normée.
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Le sol et les chaussures
Évaluer la marche sur un sol glissant ou sur de la moquette épaisse ne produit pas le même résultat. La personne doit porter ses chaussures habituelles (ou ses chaussons si c’est son usage quotidien au domicile), mais l’examinateur doit noter ce détail. Un test réalisé pieds nus en chambre d’hôpital, puis refait en chaussures lors d’une consultation, donnera des scores non comparables, rendant le suivi longitudinal inutilisable.

Erreurs de cotation fréquentes sur l’équilibre et la marche
La grille du test de Tinetti utilise une échelle ordinale à trois niveaux (0, 1 ou 2) pour chaque item. Cette simplicité apparente masque des zones d’ambiguïté où les évaluateurs divergent régulièrement.
La poussée sternale : un item souvent mal réalisé
L’item de la poussée sternale (pression légère sur le sternum en station debout) pose un problème récurrent. Certains examinateurs appliquent une pression trop faible par crainte de déséquilibrer la personne, d’autres poussent trop fort. L’intensité de la poussée sternale n’est pas standardisée de façon absolue, ce qui explique une part de la variabilité inter-évaluateurs sur cet item précis.
La consigne initiale de Mary Tinetti décrit une poussée « légère » appliquée trois fois. En pratique, si l’examinateur hésite ou modifie sa pression d’un essai à l’autre, la cotation perd en fiabilité.
Confusion entre observation et assistance
Lors de l’évaluation de la marche, l’examinateur doit observer sans intervenir. Une erreur fréquente consiste à accompagner le patient en le tenant légèrement par le bras, ou à marcher trop près de lui. Cette proximité rassure la personne et modifie son comportement : le pas devient plus assuré, la trajectoire plus rectiligne.
L’évaluateur doit rester en retrait tout en restant prêt à intervenir en cas de chute. La distance de sécurité ne doit pas se transformer en aide physique ou psychologique involontaire.
L’aide technique habituelle : l’inclure ou non
Le test de Tinetti se réalise avec l’aide technique que la personne utilise au quotidien (canne, déambulateur). Ne pas la proposer sous-estime les capacités fonctionnelles réelles. À l’inverse, proposer une aide que la personne n’utilise jamais surestime sa stabilité habituelle.
- Si la personne utilise une canne au domicile, le test se fait avec la canne, et cela doit être noté sur la fiche
- Si la personne n’utilise aucune aide, ne pas en fournir une « par précaution » pendant le test
- Tout changement d’aide technique entre deux évaluations doit être documenté pour que la comparaison des scores reste valide
Interprétation du score Tinetti : les pièges de lecture
Un score global inférieur à 20 est généralement associé à un risque de chute élevé, tandis qu’un score supérieur à 24 suggère un risque faible. Ces seuils, largement repris, méritent d’être nuancés.
Le score global masque les faiblesses spécifiques
Une personne peut obtenir un score total de 22 avec un excellent équilibre statique mais une marche très altérée. Le score global ne reflète pas cette asymétrie. Analyser les sous-scores équilibre et marche séparément est indispensable pour orienter la prise en charge. Un déficit isolé sur la partie marche n’appelle pas les mêmes interventions qu’un déficit global.
Un score stable ne signifie pas une situation stable
Comparer deux scores de Tinetti à plusieurs mois d’intervalle sans vérifier que les conditions de passation étaient identiques (même chaise, même sol, même aide technique, même moment de la journée) produit une fausse impression de stabilité ou de dégradation. La fatigue de fin de journée, un traitement médicamenteux récemment modifié ou une douleur passagère suffisent à faire varier le score de plusieurs points.

Limites connues du test de Tinetti pour l’évaluation du risque de chute
Le test de Tinetti présente des propriétés psychométriques reconnues, mais il ne couvre pas tous les facteurs de risque de chute. Il n’évalue ni la peur de tomber, ni les fonctions cognitives, ni l’environnement du domicile.
- Le test ne détecte pas les chutes liées à un malaise (hypotension orthostatique, trouble du rythme cardiaque)
- Il ne prend pas en compte les facteurs environnementaux (tapis, éclairage, escaliers)
- Il peut présenter un effet plafond chez les personnes ayant une mobilité correcte mais un risque de chute lié à d’autres causes
Coupler le test de Tinetti avec d’autres outils (Timed Up and Go, appui unipodal) permet de compenser partiellement ces angles morts. Un score isolé, quel que soit l’outil, ne remplace pas une évaluation gériatrique globale.
L’erreur la plus dommageable n’est pas de mal coter un item : c’est de considérer le score Tinetti comme un verdict définitif plutôt que comme un indicateur parmi d’autres, dont la valeur dépend de la rigueur avec laquelle il a été obtenu.

