Il y a des chiffres qui bousculent les certitudes : en France, plus de 8 000 tonnes de glyphosate sont utilisées chaque année. Ce simple constat suffit à comprendre pourquoi ce pesticide, omniprésent dans les champs comme sur les bancs des tribunaux, cristallise autant de tensions. Depuis des années, scientifiques, agriculteurs et citoyens se déchirent autour de ses effets sur la santé humaine. Les études s’accumulent, les avis s’opposent, et le brouillard ne se dissipe pas. D’un côté, certains chercheurs défendent la sécurité du glyphosate tant que les doses restent maîtrisées. De l’autre, des travaux interrogent son innocuité, pointant des liens possibles avec des maladies chroniques.
Les autorités sanitaires peinent à se positionner définitivement. Entre des rapports qui se contredisent et des méthodes d’analyse qui varient, la certitude laisse la place au doute. Résultat : consommateurs et professionnels agricoles scrutent les décisions, dans l’attente de repères clairs pour l’avenir.
Qu’est-ce que le glyphosate et comment est-il utilisé ?
Le glyphosate, ce nom qui claque dans les débats publics, n’est pas qu’un sujet de controverse. C’est avant tout une substance active, présente dans une multitude d’herbicides, dont le célèbre Roundup développé par Monsanto. Conçu pour éradiquer les plantes indésirables, il a gagné une place de choix dans l’agriculture moderne, mais aussi dans l’entretien des espaces verts, qu’ils soient publics ou privés. Sa force ? Une capacité redoutable à éliminer une grande variété d’herbes, ce qui séduit bien des agriculteurs en quête de rendements et de sols nets.
Utilisation du glyphosate
Les méthodes d’application sont multiples : pulvérisation sur les terres avant la plantation pour préparer le sol, ou après la récolte pour nettoyer les parcelles. Le glyphosate ne se limite pas aux cultures : il s’invite aussi sur les bords de route, les parcs municipaux, voire dans certains jardins familiaux. Pour s’adapter à tous ces usages, il existe différentes formules, pensées pour répondre aux besoins spécifiques de chaque contexte.
Voici les principales formes sous lesquelles on retrouve le glyphosate :
- Roundup : l’herbicide le plus emblématique à base de glyphosate, signé Monsanto, qui a marqué l’histoire agricole récente.
- Formulations multiples : pensées pour s’adapter aussi bien à l’agriculture intensive qu’à l’entretien des jardins particuliers.
La commercialisation des produits à base de glyphosate ne se fait pas à la légère. Les mises sur le marché sont conditionnées à des autorisations strictes, reposant sur des évaluations de risques pour la santé humaine et l’environnement. Les critères sont définis par des agences sanitaires, nationales comme internationales, qui examinent la sécurité des substances actives avant de donner leur feu vert.
Les débats ne faiblissent pas. Les résultats des études scientifiques et les décisions des autorités de régulation s’opposent souvent, alimentant la méfiance. Malgré les polémiques et les appels à la prudence, le glyphosate continue d’être utilisé massivement, dans l’attente de solutions alternatives plus vertueuses pour les sols et la biodiversité.
Les résultats des études sur le lien entre glyphosate et santé humaine
Côté recherche, le glyphosate a fait couler beaucoup d’encre. Depuis 2015, la position du Centre international de recherche sur le cancer (Circ) fait date : le glyphosate y est classé comme probablement cancérogène pour l’homme. Cette conclusion s’appuie sur des travaux épidémiologiques qui relèvent une association entre l’exposition à ce pesticide et certains cancers, notamment les lymphomes non hodgkiniens (LNH).
Divergences entre agences
Mais le consensus scientifique n’existe pas sur ce sujet. En 2017, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a, pour sa part, écarté la dangerosité cancérogène du glyphosate, après avoir passé au crible l’ensemble des données disponibles. Cette position a fait grincer des dents. L’Institut national de recherche médicale (Inserm) a, quant à lui, estimé en 2021 que le lien entre glyphosate et LNH devait être considéré comme moyennement probable. Autant d’avis divergents qui reflètent la difficulté à trancher définitivement.
Études épidémiologiques
Trois grandes enquêtes épidémiologiques se sont penchées sur les effets du glyphosate :
- Agricultural Health Study (AHS) : a examiné la santé des agriculteurs exposés régulièrement à ce pesticide.
- Étude AGRICAN : s’est intéressée aux cancers recensés chez les agriculteurs en France.
- Étude AGRICOH : a agrégé les résultats de plusieurs cohortes internationales pour croiser les données.
Les conclusions varient, mais certaines tendances émergent. Plusieurs études pointent une association entre l’exposition au glyphosate et des cancers comme les myélomes multiples ou les leucémies. Pourtant, les preuves restent fragmentaires et ne suffisent pas à établir un lien de cause à effet irréfutable.
Les implications pour la réglementation et la santé publique
Les expertises menées par les agences sanitaires influencent directement les choix politiques et les lois encadrant l’utilisation des pesticides. En France, plusieurs dispositifs visent à limiter l’exposition des populations, notamment à travers le Plan National Santé Environnement (PNSE), qui cible la réduction des pollutions environnementales. Autre levier, le Plan Ecophyto, qui fixe l’objectif de réduire de moitié l’usage des produits phytosanitaires d’ici 2025. Le Plan Chlordécone, quant à lui, concentre ses efforts sur la surveillance et la diminution de l’exposition au chlordécone dans les territoires antillais.
Approches réglementaires en Europe
Au niveau européen, la Commission et les États membres jouent un rôle de premier plan dans la régulation des pesticides, glyphosate en tête. Le renouvellement de l’autorisation du glyphosate dépend d’évaluations menées par des organismes tels que l’EFSA. Mais devant la complexité des données scientifiques et le manque d’unanimité entre agences, les décisions tardent parfois à tomber. L’enjeu reste de taille : garantir la sécurité des citoyens tout en tenant compte des réalités agricoles.
Impact sur l’agriculture et les pratiques agricoles
Les règles qui encadrent l’usage du glyphosate modifient en profondeur les pratiques des agriculteurs. Ils doivent composer avec de nouvelles exigences et, souvent, se tourner vers des alternatives. Les méthodes de culture plus respectueuses de l’environnement prennent de l’ampleur : l’agroécologie, la lutte biologique et d’autres innovations tentent d’ouvrir la voie à des solutions moins risquées pour la santé et la nature.
Du côté de la santé publique, l’enjeu n’est pas moindre. Moins de pesticides, cela signifie moins de risques pour les riverains, les consommateurs et les travailleurs agricoles. Pour les décideurs, il s’agit donc d’intégrer les avancées scientifiques dans leurs politiques, sans sacrifier ni la santé des citoyens, ni la viabilité du secteur agricole. L’équilibre est précaire, et la page du glyphosate n’est pas près d’être tournée.


